Education positive

Une autorité sans punition ni fessée, c’est possible ?

novembre 20, 2016

Ce vendredi j’ai eu la chance d’assister à la conférence de Catherine Dumonteil-Kremer. Le sujet : poser des limites à son enfant et le respecter. Tout un programme…
Catherine est consultante en parentalité, auteure de livres pour éduquer autrement et a de nombreux autres super projets en cours. Et surtout maman de 3 enfants 🙂 Alors je voulais partager ce debrief pour tous ceux qui n’ont pas pu assister à cette conférence organisée par l’Association de Recherche Castillon ARC40 qui avait lieu au CGR de Tarnos !

Une autorité sans punition ni fessée, c’est possible ? Comment faire autrement ?
Quand on sait que 85% des parents se disent contre cette loi qui souhaite s’immiscer dans la sphère privée des familles françaises en interdisant la fessée. Car oui il n’y a pas de violence légère, j’ai découvert d’ailleurs récemment le terme de VEO “Violence Educative Ordinaire“, qui intègre dedans la petite tape sur la main, le chantage, les injures, les menaces ainsi que les punitions. Alors bien sûr que tous les parents font le meilleur pour leur enfant. Nous faisons tous ce que nous pouvons, avec ce que nous avons appris. Nous sommes écartelé entre reproduction éducative, nos blessures d’enfants et notre sagesse. Et c’est bien pour cela que cette loi doit être accompagnée d’outils à disposition des parents pour leur donner des solutions alternatives.
Car oui notre rôle de parent est sous-estimé. Le travail de parent est jour et nuit, c’est le travail d’une vie. Il nous arrive de nous sentir épuisés, désemparés. Et pourtant on a peu de temps pour en profiter car ils grandissent si vite…

Avoir confiance en notre enfant

Voilà une bonne nouvelle : l’enfant est empathique naturellement car l’homme est bon par nature. C’est à dire que s’il fait preuve de violence c’est qu’il reproduit ce qu’il a subi, car il apprend par imitation.
Et le travail principal de l’enfant pour devenir un être autonome c’est d’apprendre à maitriser son environnement, de faire l’expérience de la vie. On dit que ceux sont des enfants chercheurs et que les parents sont les directeurs de ces laboratoires de recherches 🙂 C’est pourquoi leurs “pseudo” bêtises sont en faites de simples explorations !
On inspire leurs comportements : notre façon de manger, de se comporter, nos activités… Aussi on se doit d’être exemplaire devant eux !
Alors déjà si nous portons sur notre enfant un regard positif, si on lui fait confiance pleinement, il va le ressentir et son comportement aussi.
L’enfant a besoin d’être aimé, d’être câliné, d’être manipulé avec douceur pour se développer au mieux. C’est la notion de réservoir affectif : il a besoin qu’il soit rempli pour être en paix.

Etre à l’écoute des besoins de notre enfant

Et si c’était LA solution ? Quand on comble les besoins de son enfant, il évolue dans un climat harmonieux. Ca veut dire que quand il a un comportement indésirable la première chose est de se poser cette question : de quoi a-t-il besoin réellement ? Quel est le véritable message derrière ce comportement ? Et si ce fameux “caprice” était justement un besoin incompris ?
Quand on devient parent, les conseils de notre entourage fusent et notamment que la relation parent-enfant est un rapport de force : par exemple un bébé est manipulateur, il faut le laisser pleurer sinon il ne va jamais faire ses nuits… Et bien d’autres ! Alors qu’aujourd’hui grâce aux neurosciences on sait qu’il va au contraire se sentir abandonné si on le laisse tout seul alors qu’il crie “à l’aide”, et que cet état de “mauvais” stress est neurotoxique pour son cerveau et que cela va nuire à son épanouissement.
Par exemple dans des lieux comme l’école ou chez la nounou, l’enfant doit contrôler ses émotions, ses besoins. C’est pour cela que quand il rentre à la maison, il va avoir un comportement indésirable car son réservoir affectif est vide. Il va alors laisser éclater sa colère devant nous, qui somme sa figure d’attachement, la personne devant laquelle il s’autorise à lâcher toutes ses frustrations retenues toute au long de la journée car il sait qu’on lui porte un amour inconditionnel. Il va alors pouvoir se décharger grâce à notre écoute attentive, cela va durer le temps qu’il faudra pour revenir à son point d’équilibre, être apaisé. Cela peut passer par les pleurs, tremblement, bâillement, rire… Car les émotions sont un processus naturel de guérison de notre corps. Il faut donc les écouter pour qu’il puisse se décharger. C’est pourquoi plus il y a d’autorité, plus l’enfant se sentant contrôlé aura besoin d’évacuer toutes ces tensions accumulées.

Ne pas devenir le jouet de sa propre colère

Pour nous les parents c’est la même chose, quand notre réservoir affectif est plein, notre seuil de tolérance face à notre enfant est au maximum. Quand il est vide après une dure journée de boulot, on passe en mode automatique, on ressent une montée de violence en nous lorsqu’il ne fait pas ce que je lui demande et c’est là où le passage à l’acte peut se produire. Notre mémoire traumatique est alors sollicitée. Ce sont nos blessures du passé qui ressurgissent, réactivées par le comportement de notre enfant.
Catherine conseille de tenir un journal émotionnel pour y noter nos réactions disproportionnées régulièrement pour identifier ainsi précisément les éléments déclencheurs (heure, jour, lieu…) qui sont reliés à un souvenir d’enfance : l’objectif c’est d’augmenter peu à peu le temps entre le stimulus et la colère : plus nous prenons conscience de notre réaction excessive, plus nous avons une marge de manoeuvre pour libérer notre colère autrement. C’est à nous parents de gérer nos émotions car contrairement aux enfants de moins de 6 ans, nous en avons les capacités. C’est donc à nous de leur montrer l’exemple, de réagir de façon raisonnée et donc de ne pas s’emporter dans un excès de violence que l’on va regretter par la suite.

Apprendre qu’il est possible de réparer

Alors oui nous avons tous notre histoire. Quand une réaction de notre enfant fait ressurgir des blessures pourtant bien enfouies et que notre colère nous envahit, essayons de ne pas culpabiliser car la réparation est possible avec de l’écoute et de l’amour. Et c’est valable aussi pour notre enfant : apprenons lui qu’il peut réparer à son tour en lui montrant l’exemple en s’excusant !

L’enfant a besoin que l’on s’intéresse à lui

On sait que nos enfants recherchent notre attention pour remplir leur réservoir affectif.
Ces “bonnes vieilles” méthodes qui utilisent la peur et la privation pour obtenir ce que nous voulons de notre enfant ne fonctionnent pas car elles bloquent tous les centres de l’apprentissage dans son cerveau.
Le message principal n’est pas reçu : ce qu’il va apprendre par contre c’est à éviter la punition, il avoir tendance à fuir l’autorité. Le célèbre “pas vu, pas pris”. C’est pour cela que l’éducation autoritaire peut avoir des effets dévastateurs.
Alors que si on lui explique, il comprend le sens, il sera motivé et va alors pouvoir mémoriser le bon comportement à avoir.
Mais attention ne pas confondre négligence et lâcher prise. Car quand on fait la liste de ce que l’on veut qu’il fasse et qu’il ne fasse pas, on s’aperçoit qu’elle est longue et contient des attentes liées à notre éducation, notre culture, et finalement pas si importante au fond.
Dans des lieux publics on a tendance à inverser les priorités devant cette pression sociale et à faire ce que les autres attendent de nous : être autoritaire et passer à l’acte. Mais une fois la fessée donnée, elle laisse place à un sentiment de honte qui montre bien que cette réaction n’était pas justifiée.

Définir des lois non négociables en famille

Par contre l’usage de la force sans violence pour poser ses limites est importante, et à réserver aux cas d’urgence où la situation devient dangereuse pour l’enfant ou son environnement.
Catherine propose de poser les limites en famille en définissant ensemble les lois “non négociables”. Par exemple elle expliquait que chez elle il y en a 2 : ne pas faire de mal à des êtres vivants et ne pas détruire les affaires.
On comprend alors que plus il y a des règles, plus on veut tout contrôler et plus c’est difficile, et l’enfant voudra les dépasser. C’est le fameux lâcher prise…
Pour les adolescents aussi l’enjeu va être de tisser une belle relation où l’on s’intéresse à eux, où l’on prend soin d’eux car si l’on essaie de contrôler il sera résistant. Notre rôle est alors d’être cette personne de confiance sur qui il peut compter.

Le jeu comme un outil à utiliser au quotidien

Les outils que peuvent nous apporter tous ces ouvrages, ces conférences, ces ateliers autour de la communication bienveillante, nous aident à nous reconnecter à l’amour que l’on a pour notre enfant. Passer de la théorie à la pratique. Une fois qu’on sait faire, on se l’approprie et tout devient plus facile.
Le jeu remplit le réservoir affectif : le rire relâche les tensions. L’astuce est d’utiliser le jeu pour désamorcer et même anticiper des situations difficiles comme par exemple avant de passer un coup de fil important, avant de partir au travail le matin, le soir en rentrant, avant d’aller aux courses… 10 minutes de jeu suffisent !
Le chahut dans le lit familial “Karaté chaussette” (essayer d’enlever les chaussettes des autres tout en faisant attention à garder ses chaussettes). Il y a aussi le “jeu-écoute” : jouer à ce qu’il veut et faire le pitre pour le faire rire.
123 soleil pour arriver à lui faire se laver les cheveux… Où encore prendre le rôle de l’enfant pour qu’il prenne à son tour le nôtre celui de l’adulte et comprenne ainsi ce que l’on attend de lui.

Enfin il est important que dans notre famille le couple soit sur la même longueur d’onde et s’entende sur ces limites pour accompagner notre enfant.
Dans cette parentalité positive, Catherine aime parler de “parentalité créative” : c’est à nous parents de trouver des astuces au quotidien pour faciliter nos rapports avec nos enfants.
C’est pourquoi n’hésitons pas à parler entre nous de ce qui fonctionne chez nous, à partager nos “petits trucs” : je lance un appel pour créer ensemble un groupe de parents pour échanger entre nous !
Les conférences, les livres, les ateliers de communication bienveillante de Faber et Mazlish… sont autant d’outils pour nous aider à trouver des solutions.

Catherine a conclu cette conférence avec le livre de Mies Van Hout qui résume notre rôle de parents : “Hier je t’ai”… espéré, attendu, découvert, nourrit, consolé, dorloté, supporté, porté, écouté, encouragé et laissé t’envoler !
Bon aller, je vais de ce pas lire son bouquin du même nom “Poser des limites à son enfant et le respecter” pour compléter cette belle matinée riche en enseignements et pourquoi pas m’abonner à son magazine sur la parentalité positve PEP’s 🙂

Vous avez aimé cet article ? Alors laissez-moi un commentaire ci-dessous pour partager votre expérience à votre tour 🙂

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7 Comments

  • Reply Marine novembre 21, 2016 at 8:41

    Merci pour ce résumé! Bien dommage que je n’ai pu y assister. J’aime beaucoup l’idée du groupe! Si besoin d’aide pour le créer je suis disponible! Merci Soline

  • Reply Sarah novembre 21, 2016 at 9:09

    Merci pour ce partage. Je découvre chaque jour les bienfaits de la parentalité bienveillante et ne peut que confirmer que nos enfants sont tellement plus épanouis avec amour respect et confiance. Je suis très intéressée par la formation d’un groupe de parent comme dit dans votre poste. Belle journée.

  • Reply Frédérique novembre 21, 2016 at 8:30

    Merci pour le partage. Je n’ai pu y assister.
    Ma fille a 3 mois et je souhaite faire tout pour elle dans la bienveillance. L’idée d’un groupe me plaît bien.

  • Reply Collot novembre 22, 2016 at 8:47

    Très beau résumé je m’y retrouve beaucoup dans l’éducation de ma fille qui a 2 ans dont j’élève seule et il est vrai que ce n’est pas facile tous les jours! Et ça me dirait bien aussi d’intégrer un groupe de discussion je pense que ça me ferait un bien fou

  • Reply Marie-laure novembre 25, 2016 at 2:46

    merci pour ce joli résumé!

  • Reply Out for a stroll on a Fall day, Fairy Forest - Le Monde est à Nous! novembre 25, 2016 at 3:14

    […] un peu plus chaque jour pour assurer au mieux notre mission: celle d’être parent, des parents bienveillants, pour l’aider à grandir et à se construire, tout en gardant son âme d’enfant. Être […]

  • Reply pellicule de vie décembre 16, 2016 at 8:59

    Ton article est très intéressant! C’est vrai que les parents doivent être d’accord. Mon mari et moi on se complète car pour certaines choses où moi je m’énerve, lui va arriver à tempérer. Et c’est clair que ce n’est pas toujours évident de se contrôler mais on essaie :).

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